Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) est l'un des compositeurs français les plus remarquables du XVIIIᵉ siècle. Né à Narbonne, violoniste virtuose et compositeur, il s'impose à Paris à partir des années 1730, notamment au Concert spirituel, institution majeure de la vie musicale parisienne. Son œuvre témoigne d'une rencontre particulièrement féconde entre la tradition française du grand motet et la virtuosité instrumentale italienne.
Composé en 1734, le Dominus regnavit appartient au genre du grand motet français, vaste composition sacrée destinée à un ensemble de solistes, à un chœur et à un orchestre. L'œuvre met en musique le psaume 92 de la Vulgate (93 dans la numérotation hébraïque), qui célèbre la royauté et la puissance de Dieu. Elle se déploie en six mouvements, alternant solennité, contemplation et éclat dramatique.
Dès le premier mouvement, Dominus regnavit, la musique affirme la majesté divine. Mais c'est surtout dans le quatrième mouvement, Elevaverunt flumina, que Mondonville révèle son talent de peintre sonore. Sous l'indication expressive « Chœur tempeste », les traits rapides des cordes, les mouvements ascendants et les imitations entre les voix évoquent les fleuves qui élèvent leurs flots et leur voix. La virtuosité ne relève pas du seul spectacle mais donne une réalité musicale aux images du psaume. Lorsque le texte proclame finalement que le Seigneur est admirable dans les hauteurs, la puissance de la nature apparaît comme le reflet d'une puissance supérieure.
La notation reflète les usages musicaux du XVIIIᵉ siècle. Les noms des parties vocales - dessus, contre, taille, basse-taille et basse chantante - désignent des tessitures historiques qui ne correspondent pas exactement à notre nomenclature moderne de soprane, alto, ténor, baryton et basse. De même, les clés anciennes, notamment les différentes clés d'ut, étaient familières aux musiciens de l'époque ; par soucis pratique, nous les avons remplacées par des clés modernes - sans modifier les hauteurs.
L'orchestre français de cette période faisait également appel à une organisation des cordes différente de celle que nous connaissons aujourd'hui : les parties intermédiaires pouvaient porter des noms et remplir des fonctions qui ont évolué au fil du temps. Les flûtes mentionnées dans le Elevaverunt flumina, par exemple, sont des flûtes traversières baroques ou traversos, alors souvent appelées « flûtes allemandes ».
Enfin, le diapason constitue une question importante pour toute restitution historique. Le la de référence du baroque français est souvent associé à 392 Hz et non 440 (le la moderne) ou 415 (souvent associé à la période baroque générale) ; mais il est important de noter que le diapason variait selon les lieux et les institutions - le choix retenu doit donc être compris comme une option d'interprétation historiquement informée.
Pour plus d'informations, nous vous invitons à consulter la notice du Centre de Musique Baroque de Versailles consacrée aux grands motets de Mondonville (https://tickets.chateauversailles-spectacles.fr/sites/hubber_site_cvs8/files/inline-files/grds-motets-mondonville-063-livret-cd-121x118mm-bd.pdf?utm).
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